Confinée à Tahiti


Ia Orana les amis !


Aujourd’hui, je me retrouve confinée à Tahiti. L'occasion de prendre enfin le temps pour écrire et vous donner des nouvelles sur le blog.



Le 5 juin 2021, après 5 mois de travail en Suisse pour remplir la caisse de bord, nous étions de retour à Tahiti. Quelques jours avant l’ouverture des frontières, notre motif impérieux « retour à domicile » a finalement été accepté mais ce fut tout un parcours du combattant ! Il a fallu appeler le haut-commissariat et les harceler de courriels pour que notre demande soit finalement acceptée. Bref, on a jamais dû remplir autant de formulaires pour voyager !



J’aimerais vous faire rêver en vous parlant de ce qui ressemble au paradis terrestre, des îles de rêve, des paysages époustouflants avec des lagons turquoises et des montagnes majestueuses… Mais malheureusement, les sirènes des ambulances retentissent et me ramène à la réalité. La situation sanitaire en Polynésie est dramatique. Ces dernières semaines ont été marquées par une vague explosive des cas positifs. Le taux d’incidence a atteint un chiffre record de 2800 cas pour 100 000 habitants ! C’est énorme car ce territoire aussi étendu que l’Europe, ne compte que 280 000 habitants dont 75% se concentre sur Tahiti et Moorea. Quotidiennement, il y a entre 10 et 12 victimes. Les hôpitaux sont au bord de la rupture et dans une situation type médecine de guerre. La population est sous-vaccinée et porteuse de beaucoup de comorbidités. Le gouvernement a d’abord essayé de sauver l’économie du pays qui repose principalement sur le tourisme en instaurant un couvre-feu de 21h à 4h ainsi qu’un confinement light le dimanche mais c’était insuffisant pour ralentir la vague épidémique catastrophique. Vendredi 20 août, un confinement plus strict a été décrété pour au moins 15 jours (jusqu’au 6 septembre).



Le 12 août, après deux mois de boulot intensif sur le chantier, Vagabond est mis à l’eau.



Aujourd'hui, il est amarré au ponton de la petite marina de Taravao. Les travaux étant terminés, nous avions prévu d’hisser les voiles sauf qu’il va falloir nous armer de patience. Au moins, on a le luxe d'avoir l'eau douce à volonté et des douches chaude, l'électricité, une bonne connexion internet et une vie sociale avec les autres navigateurs. "Ça pourrait être pire" comme dit toujours Tom... Il faudra remplir une attestation pour chacun de nos déplacements. Tout est fermé sauf les commerces essentiels. Les balades individuelles ne sont autorisées qu’à 1km du domicile et pour moins d’une heure avec une attestation. Alors, pour nous dégourdir les jambes, on ira faire les courses chez Carrefour (3km aller-retour) ou mieux chez Super U (7km aller-retour), avec l’avantage qu’il n’y a plus de circulation, c’est donc agréable de marcher le long de la route. On pourra faire du paddle avec l’excuse d’aller remplir nos bidons d’eau potable à la source. Il y a toujours quelque chose à faire sur un bateau donc on ne devrait pas s’ennuyer. De plus, Tom va écrire un article pour un magazine de voile et moi je vais probablement répondre à la demande de renfort infirmier.



Deux mois de travaux


Vivre sur un voilier, c'est entretenir, réparer, bricoler, améliorer pour gagner en confort... Et puis tout prend toujours plus de temps que prévu ! Il y a la fameuse liste des travaux à laquelle on ajoute les nombreux imprévus... On avait compté un mois de boulot, il en a fallu le double. Heureusement, le chantier de Taravao est agréable et on a bossé sans stress, à notre rythme ou plutôt au rythme des îles et de la météo.



Pour l’ « hivernage" » du bateau, tout le matériel stocké habituellement sur le pont est rangé à l'intérieur : annexe, cordages, voiles, parbattages, bidons... Le pont est mis à nu et l'intérieur est donc très encombré, un bordel sans nom ! Dès notre arrivée, la première mission c'est de ranger et ce n'est pas une mince affaire ! On amasse toujours plus de choses, on ramène toujours plus de baguages mais le bateau ne devient pas plus grand ! Du coup, ranger est un casse-tête, avec l'éternelle question : Comment optimiser l'espace ?



Avant notre arrivée, le pont a été nettoyé par Tema qui a fait un bon boulot parce qu'il était noir, recouvert d'une couche de l’antifouling des voisins bien incrusté. L'année dernière, nous avions traité tous les points de rouille, mais la corrosion sur un voilier en acier est un éternel combat. Surtout si on laisse son bateau six mois sans voir un pinceau.



La corrosion est surtout revenue dans les endroits où l'acier est en contact avec l'inox et dans les recoins difficilement atteignables. Il a souvent fallu travailler dans des positions inconfortables, se contorsionner pour avoir accès à des espaces pratiquement inatteignables, on gagne en souplesse et puis on finit par prendre rdv chez l’ostéo parce qu’on est cassé de partout !


Ce qui a considérablement prolongé notre séjour sur le chantier, c’est qu’on a repeint tout le pont ! Chose qu’on avait bien évidement pas prévu de faire. Dans un climat aussi humide et après des mois de stockage, la peinture antidérapante « Interdeck » est impossible à nettoyer, on a beau frotter, le pont reste gris, dégueulasse ! Alors on a décidé de changer pour une peinture bi-composante. Le pont est lisse, immaculé d'une blancheur éclatante et presque aveuglante, sauf que c'est une patinoire ! Donc, il a fallu refaire l’antiglisse. Après beaucoup de réflexion, on a choisi de réaliser un patchwork avec des microbilles de verre à saupoudrer sur la peinture fraîche avec une passoire et un geste de métronome bien régulier, c'est tout un art ! Effet antiglisse réussi mais gratte cul aussi, les bikinis apprécient guère.


Un peu plus de confort


Grand changement à bord de Vagabond : les bières fraîches ! Enfin, notre fameuse petite glacière à compresseur Engel de 14litres est installée à bord du bateau. Elle nous offre l’immense avantage de pouvoir garder au frais un poisson ou une viande toute une journée et de garder des restes pendant 24h. La glacière est éteinte la nuit car moins bien isolée, elle consomme plus qu'un frigo (un éventuel futur projet, mais pour l’instant on se contentera avec cette glacière). Notre consommation en énergie augmente donc on a décidé d'ajouter un panneau solaire supplémentaire sur le portique arrière qu'il a fallu agrandir. Au départ du voyage, Vagabond était équipé de 110 W de panneaux solaires, aujourd'hui on passe à 300 W !!! Quelle évolution ! Tom, le puriste, influencé par sa femme chérie évolue... Quelques imprévus viennent encore plomber le budget dont la mort d'une de nos batteries, les nouveaux régulateurs MPPT, le panneau solaire flexible collé sur le pont qui s'est fissuré et qu'il a aussi fallu changer, une nouvelle pompe à eau douce, une nouvelle pompe WC, une nouvelle pompe à essence, bref ça ne s’arrête jamais ! Sur un bateau, il y a toujours un truc qui casse, qu’il faut changer ou réparer !


Quelques améliorations

Nous avions fait l’expérience de casser le safran du régulateur d’allure Aries pendant la traversée du Pacifique, ce qui nous avait amené à barrer pendant 15 jours sans relâche. Donc, n’ayant pas forcément envie de revivre une telle aventure et bien on a investi 300 euros pour ajouter une pièce au safran de notre très cher Aries permettant qu'il se relève lorsqu'il prend un choc. Ainsi, on ne risque plus de le casser en frôlant une baleine ou tout autre objet flottant non identifié.



Autre grand changement : l’installation de marches pour monter en haut du mât. Ainsi, Tom, grimpe avec la même facilité qu’un singe jusqu’au sommet du mât de 12,5 mètres. Il y passe ses journées à bricoler sur le gréement tout en admirant d'en haut sa femme allongée en bikini sur le pont.



Et pendant ce temps-là, j’apprivoise la basse-cour.


Pendant que Tom s'occupe des travaux techniques, de mon côté je m'occupe de la basse-cour, tout un "chicken village" s'installe autour de Vagabond. J'apprivoise Ginette et son poussin Piupiu qui doit son nom au fait qu’il cause beaucoup. Curieux, il monte l'échelle tous les jours et se promène dans le cockpit puis il s’installe sur la plateforme arrière. Ginette, c'est une poule spéciale, elle a un regard et un truc de plus que les autres, c'est la seule qui ose venir manger dans ma main, qui me suit comme un petit chien et qui vient quand je l'appelle. Du coup, incroyable mais vrai, elle s’envole et monte à bord de Vagabond ! Allez, et si on les embarquait tous les deux ? Je comprends mieux le navigateur Guirec qui voyageait avec sa poule. Je pensais pas qu'on pouvait autant s'y attacher !



Un indésirable à bord


Cependant, il n'y a pas que les poules qui nous rendent visite. Un jour, nous découvrons qu'un rat s'est introduit à bord, il a mangé du pain, trouvé un carré de chocolat et il a même goûté à une gousse d'ail ! On a nettoyé tout le bateau de fond en comble, mis le pain dans une boîte hermétique et veillé à ne plus jamais laisser trainer aucune nourriture dans le bateau. On a fermé l'entrée avec un filet moustiquaire imprégné d'huile essentielle d'eucalyptus parce qu'ils paraît que les rats n'aiment pas cette odeur. On a mis des tapettes, des pièges à colle, des sachets de graines empoisonnées. Sauf que le petit malin déjouait tous les pièges! Comment ? Et bien on se le demande encore aujourd’hui. Et puis, un jour, il n’est plus revenu, il avait trouvé la boite contenant les sachets de graines empoisonnées rangée à l’entrée de la cabine arrière. Il a adoré et il en a bouffé deux sachets et adieu, fini terminé !


A la découverte de l’île

Nous retrouvons Chantal et Philippe du voilier Avaa avec qui nous avons passé une magnifique soirée à un festival de danses et de chants. Malheureusement, c'était interdit de filmer et de prendre des photos, les images resteront gravées dans le cœur. Il y avait les plus belles vahinés de Polynésie et j'ai même croisé Miss Tahiti, quelle incroyable beauté !



Enfin, nous rencontrons Magali et Willy, un couple Suisse qui voyage à bord de leur voilier Vela Dare https://veladare.ch/fr/

Cela faisait 4 ans qu'on s'écrivait avec Magali et qu’on se suivait sans avoir jamais eu la chance de se rencontrer. Rapidement, nous sympathisons et passons d’inoubliables moments en leur compagnie. Vela Dare se repose de ses aventures dans la petite marina de Taravao pendant que Magali et Willy sont rentrés en Suisse travailler pour remplir la caisse de bord.


En compagnie de nos compatriotes, nous avons fait l’excursion en véhicule 4x4 qui nous emmène découvrir l’intérieur de Tahiti. Une seule piste de 39 km traverse l’île de part en part. Elle est praticable seulement en 4x4 et de préférence avec un guide car elle peut être périlleuse. Tout au long du trajet, notre chauffeur s’arrête pour ramasser des cailloux afin de combler les trous sur la route pour que les autres 4x4 puissent passer plus facilement, il en fait toute une fierté ! Le parcours est impressionnant ! Le cœur de Tahiti est inhabité, les panoramas sont grandioses, la végétation luxuriante. On découvre des torrents, des montagnes, l’ancien cratère et l’unique lac de Tahiti.





Jusqu'à présent, pour moi Tahiti se résumait surtout au chantier et à la petite ville de Taravao, à la capitale Papeete avec son marché animé mais aussi ses embouteillages, aux nombreuses visites de la zone industrielle pour trouver du matériel pour le bateau. Nous avons aussi profité de faire le tour de l’île en voiture en longeant le lagon et en s’arrêtant pour admirer les cascades, les grottes, les jolis points de vue…



La cathédrale de Papeete

Le marché de Papeete

Pour notre 5e anniversaire de mariage, il fallait marquer le coup, on aurait pu s’offrir un restaurant mais on a préféré s’offrir le souvenir d’une extraordinaire randonnée en partant de 300 mètres on grimpe jusqu’à 1100 mètres pour admirer un panorama époustouflant ! On s’en souviendra et comme on est bloqué sur le chantier naval pour au moins 15 jours, on se dit qu’on a bien fait de sortir profiter avant le confinement.




Vagabond est papeetisé


Ce cher Covid a bouleversé nos plans et complique considérablement les voyages. Beaucoup de frontières sont fermées. Notre projet de tour du monde n'est possible que si l'on peut rentrer en Suisse pour remplir la caisse de bord régulièrement. Vagabond doit quitter la Polynésie en mai 2022, notre prochain retour en Suisse n'est pas encore défini. Les travaux ont plombé notre budget, alors, maintenant, on va se serrer la ceinture et vivre d’amour et d’eau fraîche ☺ Devant toutes les incertitudes par rapport au covid et à la suite du voyage, nous avons pris la décision de « papeetiser » Vagabond, cela signifie que nous avons payé la taxe d’importation pour que notre bateau puisse rester en Polynésie, nous laissant ainsi la liberté de partir quand on le souhaite et quand le covid se sera enfin calmé. En nous acquittant de cette taxe, nous avons ainsi le droit de travailler légalement en Polynésie…



La suite au prochain épisode...