ENFIN, VAGABOND REPRENDRA LA MER...



La vague est passée...


La situation sanitaire en Polynésie s'améliore progressivement... Depuis le 20 septembre, le confinement d'une durée d'un mois est levé en semaine. Par contre, il reste encore maintenu du samedi 14h au lundi matin 4h ainsi que le couvre-feu quotidien de 21h à 4h.


Diplôme infirmier Suisse = galère !


Au début du confinement, j'ai répondu à la demande de renfort infirmier. La direction de la santé m'a contacté pour me proposer une mission urgente dans un dispensaire sur l'île de Huahine. Je sautais de joie ! Malheureusement, je me suis réjouit trop vite. L' administration a mis des bâtons dans les roues parce que mon diplôme est Suisse! La Suisse a des accords bilatéraux avec l'Union Européenne, je peux donc travailler partout en Europe. Cette loi est applicable aussi en Polynésie sauf qu'ici, ils m'ont demandé d'entreprendre des démarches en France et en France ils m'ont renvoyé en Polynésie... Devant la grande complexité de la situation, j'ai fini par être découragée et abandonner... Au moins, j'ai la satisfaction que j'aurais eu le poste car la direction de la santé s'est intéressé à mon CV, pas à l'origine de mon diplôme, ni à ma nationalité. Il faut aussi dire que malgré la situation catastrophique, beaucoup d'infirmières, ici, n’ont pas trouvé d’emploi car la France a envoyé des renforts de réservistes, une aide gratuite pour la Polynésie...


Pêche et paddle, la belle vie au mouillage...


Finalement, le destin a bien fait les choses car après cinq mois de boulot en Suisse et deux mois de chantier, j'avais besoin de ralentir le rythme, de prendre le temps. Je retrouve la merveilleuse sensation de vivre sur l'eau et de faire du paddle tous les jours. J’aime faire du snorkeling, même si l’eau n’est pas cristalline, tant que je vois le fond je me baigne. Le plus désagréable se sont les minuscules crevettes qui vous piquent de partout, il vaut mieux porter une combinaison intégrale pour se protéger. On voit des poissons colorés, quelques tortues et avec un peu de chance des raies Manta et il paraît qu'il y a aussi des petits requins marteaux. J'ai observé les polynésiens pêcher à quelques mètres de notre bateau et ça m'a motivé à sortir mon harpon que je n’avais plus utilisé depuis le Panama. Les pêcheurs étaient heureux de me donner plein de conseils. Il faut dire que c'est rare qu'une femme soit passionnée de chasse sous-marine!




On profite du confinement pour remplir la caisse de bord


Pendant le confinement, j'ai profité pour enfin trier et ranger nos photos et vidéos, c'était du boulot ! J'ai aussi rédigé un texte dans l'espoir audacieux qu'il soit peut-être un jour publié. Tom a écrit 3 articles pour le magazine Suisse de voile Marina (https://marina.ch/fr/coffre/seaside-lakeside). Les liens seront sur les réseaux sociaux et sur notre site après la publication. De plus, le journal Blick nous a interviewé pour un article en allemand (https://www.blick.ch/life/wohnen/anisia-und-tom-baumann-leben-auf-einem-segelschiff-der-traum-vom-einfachen-leben-auf-dem-meer-id16844211.html) ou traduit avec Google translate ici :

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Donc, ces dernières semaines, on n'a pas chômé et on a ainsi pu gagner quelques sous bienvenus dans notre caisse de bord, les deux mois de chantier ayant bien plombé notre budget !


En attendant le retour du beau temps


La pleine lune amène souvent des changements de météo. Pendant un mois, il a fait un temps magnifique et quand tu peux enfin naviguer, il fait moche, ouais un classique ! « La patience est la mère des vertus ». On va attendre une fenêtre météo parce qu'on veut une belle première navigation et puis je n'ai pas une folle envie d'essayer mon nouveau ciré jaune tout de suite ni mes traitements anti mal de mer.




Vagabond s'échoue!


Avant de quitter Taravao, nous avions encore quelques épreuves et leçons à apprendre...


Vagabond est mouillé dans la baie Phaéton depuis un mois. L'ancre repose dans 12 mètres de fond vaseux, assez proche du platier, là où j'ai l'habitude d'aller pêcher. Ici, les bateaux ont tendances à tourner dans tous les sens en fonction des changements de vents et de courants. Un jour, j'ai eu la conviction qu'on s'était rapproché du platier et des patates de coraux. Tom avait un peu trop confiance dans son ancre pour me croire, il a relevé un peu de chaîne pour nous éloigner et me faire plaisir. Sauf que je n'étais pas rassurée et j'avais un très mauvais pressentiment. On aurait dû lever l'ancre et nous distancer du danger.


On était à terre lorsque que c'est arrivé. Tom s'est inquiété quand il a vu la direction du vent et la houle qui rentrait dans la baie Phaéton. Dès que nous sommes arrivé au bateau, un annexe est venu nous demander de surveiller un catamaran à côté de nous. Son ancre a chassé et le multicoque a traversé toute la baie jusqu'à ce qu'il soit sauvé de justesse ! Son propriétaire n'était pas à bord. Tom est en train d'amarrer notre annexe, je monte à bord et je suis interpellée par le sondeur qui indique « OUT » ! Vagabond penche légèrement sur un bord. Je crie : « On est échoué ! » Tom met quelques minutes avant de réaliser et réagir. De mon côté, c'est la panique mais surtout la colère ! Je l'avais pourtant prévenu ! On enclenche le moteur qui heureusement s'allume au quart de tour, c'est pas toujours le cas... Impossible de se sortir de là tout seul, ou alors ça va nous prendre des heures ! La nuit va tomber bientôt et le prochain grain s'annonce. Vite ! Qu'est-ce qu'on fait ? On appelle Romain, un copain sur un bateau dans la marina. Romain organise plusieurs annexes pour venir à notre secours. Ils seront 3 à nous pousser pendant qu'un autre annexe va tirer sur le mat à l'aide d'une drisse pour faire pencher le bateau, une action qui va permettre à Vagabond de se libérer. Ouf ! Vagabond est ensuite mouillé sur un corps mort, cela nous évite de remettre l'ancre, on dormira mieux après cette mésaventure.


Vagabond s'en tire avec quelques égratignures sous la quille, rien de grave heureusement. Tom n'avait jamais une pareille expérience et il avait un peu trop confiance dans son ancre. Il est vrai que la Rocna est une très bonne ancre dans le sable mais la vase s'agglutine en masse dans sa forme de cuillère et elle a tendance à déraper dans les fonds vaseux dès que le vent tourne à 180 degrés.


Tom a retenu quelques leçons. A l'avenir il sera peut-être un peu moins têtu et il écoutera davantage sa femme chérie. Il sera plus prudent et installera une alarme de mouillage sur son portable.


Solidarité entre marins


Beaucoup de choses ont changées dans le monde de la voile mais la solidarité entre marins existe toujours ! On en a fait l'expérience et ça réchauffe le cœur ! Le lendemain, Tom a offert une bonne bouteille de vin rouge en guise de remerciements à chaque personne qui nous a aidé.


Le moteur, notre chère diva lunatique...


Puis, le jour suivant notre mésaventure, c'était au tour de notre moteur surnommé notre « très chère diva lunatique » de faire ses caprices et de crever au démarrage. Pendant un mois à faire des tests et à le chouchouter, tout va bien et quand tu veux partir, il crève ! Quel stress ce moteur ! Il nous en a tellement fait voir qu'on a maintenant une prière spéciale pour les moteurs ! Moteur hors-bord de l'annexe inclus ! En effet, le petit Tohatsu 3.5 chevaux aurait besoin d'un grand service et d'un changement de pièces... Bref, lui ce n'est pas un grand soucis, on a des rames. Le problème, c'est « la diva lunatique » ! Pourtant, Tom a changé tous les tuyaux, la pompe à essence est neuve, la pompe à eau rénovée, la vidange d'huile a été faite, tous les filtres changés, etc. Notre moteur comptabilise à peine 800 heures. Les compétences en mécanique de Tom s'arrêtent là, ce qui est déjà pas mal non ? Il déteste la mécanique ! Notre ami Jacopo, physicien et un cerveau blindé de connaissances est venu à la rescousse. Après avoir bien purgé tout le système, le moteur tourne comme une horloge. Un jour, il va falloir démonter le démarreur et l'alternateur pour avoir accès à l'échangeur qui aurait besoin d'être inspecté après 4 ans. Mais ce travail va prendre du temps et on s'occupera de cette corvée plus tard. Par contre, ce qu'il a fallu absolument faire tout de suite, c'est réinstaller un témoin de température du moteur, histoire de ne plus jouer avec le feu si notre moteur venait à surchauffer. Bon, voilà, ça c'est fait. Bravo Tom ! Il est tout fier ! Il va peut-être finir par aimer la mécanique et l'électronique ?


On met les voiles, enfin !


Le temps passe vite, nous sommes bientôt en octobre... On met les voiles jeudi, cap vers Moorea. Une île qui ne veut plus des navigateurs. Les nouvelles restrictions sur les mouillages sont aberrantes! Les lois viennent d'être votées donc cela devrait prendre encore un peu de temps avant qu'elles soient appliquées, enfin du moins on l'espère car Moorea est une bonne escale avant de poursuivre notre route... Et c'est peut-être une des dernières occasions pour visiter cette île magnifique...