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  • Anisia

On est prêt à larguer les amarres !


Il y a un peu plus d’un mois que nous avons quittés la Suisse pour rejoindre Martigues d’où nous larguerons les amarres samedi ou dimanche en direction des Baléares. Enfin, je prends le temps de vous donner quelques nouvelles et de vous raconter notre vie à bord de Vagabond. Comme on ne capte le wifi que depuis l’espace « plaisance » WC/douches pas franchement plaisant comme son nom l’indique, situé à 400 mètres de notre bateau, on est déconnecté et débranché de nos téléphones portables et ordinateurs, véritable sevrage ! D’autant plus que la connexion coupe toute les 10 minutes, de quoi nous rendre fou quand on fait les « trucs administratifs à la con », et oui il y en a encore : dernières factures et formulaires à remplir, mais gentiment cela s’atténue ; sortir du système, ce n’est pas si simple ! Avoir ni adresse ni numéro de téléphone c’est parfois compliqué mais c'est un sentiment de liberté et tout devient plus spontané...

Les travaux et derniers préparatifs

Pour une femme de navigateur, la qualité principale requise : c’est la patience et la capacité d’adaptation. La liste des travaux nous semble parfois interminable, Tom prend le temps chaque soir de la réactualiser mais au lieu de se réduire, elle se rallonge… Les problèmes se sont enchaînés, il y a toujours une solution mais tout prend du temps. PATIENCE et surtout, ne jamais se décourager ! S’il y a une chose que j’ai appris depuis que je suis dans le milieu des marins : c’est qu’un bateau, c’est du boulot et qu’il n’est jamais terminé ! Vagabond a passé 20 ans sur le lac et Tom avait peut-être un peu sous-estimé l’ampleur du travail qu’il restait à accomplir afin de le transformer de lacustre à hauturier. Sur un bateau, il faut être à la fois : plombier, menuisier, électricien, mécanicien, technicien, etc. Et moi je ne suis rien de tout cela ! Plutôt maladroite, voir extrêmement maladroite… Tiens par exemple, quand j’ai peint le sol en bois de notre zodiac sur le ponton, je me suis pris, on ne saura jamais comment, une grande éclaboussure de peinture grise dans l’œil et sur tout le visage… nettoyée au dissolvant, j’aurais pu perdre la vue ou garder un maquillage permanent et j’ai eu la paupière brûlée, une crème magique m’a heureusement soulagée, plus de peur que de mal… « Madame Catastrophe » est interdite de peinture et c’est mieux ainsi ! Je pourrais aussi vous raconter l’épisode où j’ai fait tomber un truc dans l’eau dégueulasse du port et qu’il a fallu faire un joli plongeon pour récupérer la pièce… Mon premier bain n’était pas des plus agréables… Maintenant, je fais ma vaisselle au jet d’eau sur le ponton avec une concentration intense ou plutôt c’est monsieur qui s’en occupe, il aime ça, il parait que c’est méditatif la vaisselle ! Parfois, je le regarde, il est là debout, pensif entre deux coups d’éponge. Apparemment, il a montré l’exemple et notre voisin a dû s’y mettre lui aussi… C’est qu’il bosse Tom depuis qu’on est là ! C’est loin d’être les vacances ! Souvent, je l’entends dire que depuis qu’il a arrêté de bosser, il a plus de boulot ! Allez comprendre…

Avant la mise à l’eau, la vie sur le chantier au port à sec

On a d’abord passé plus de 10 jours sur l’espace de carénage. Là où les bateaux sont sortis de l’eau grâce à une grue, la coque nettoyée au Karcher pour enlever les algues et les coquillages. Ensuite, la coque est poncée pour enlever la peinture antifouling (qui a pour but de préserver la coque de la colonisation des algues et coquillages) : cela crée une poussière toxique colorée et après dix jours tu sais pourquoi tu tousses ! Ici ça bricole de partout, les gens font toutes sortes de travaux. Etre une femme dans ce monde de marins bricoleurs sur un chantier, c’est parfois avoir un grand sentiment d’inutilité. Ce n’était pas tous les jours la vie de rêve pour moi… Surtout quand j’ai fait connaissance avec le mistral qui s’est mis à souffler de toute ses forces et que notre bateau n’était pas encore habitable… Je me suis pris le vent de face dans notre cockpit une journée entière et ça, ça rend dingue ! Le lendemain, Tom a enfin commencé les rangements dans la cabine, il nous a fallu plusieurs jours avant qu’on puisse simplement accéder à l’intérieur du bateau et avant qu’il soit enfin plus ou moins rangé et qu’on puisse emménager. Il y avait un bordel inimaginable ! On en a jeté des choses ! Faire le tri et ne garder que l’essentiel… C’est qu’il est tout petit notre Vagabond ! Ça je le répète souvent ! Et encore plus depuis que j’ai visité des grands bateaux de 12 mètres équipé de douche, eau chaude, robinet avec l’eau courante, frigo… bref tout ce qu’on n’a pas … « Petit mais cosy » notre Vagabond ! Chaque objet a dû trouver sa place à bord et nous, prendre nos marques et nous habituer à vivre dans un espace aussi restreint sans se marcher dessus…

La cuisine à bord

La cuisinière (qui mérite son chapitre) a mis du temps avant d’être fonctionnelle et on a été soumis au régime salade toute prêtes de chez carrefour pendant plus de dix jours, les kilos superflus envolés ! Je n’en pouvais plus (patience et capacité d’adaptation) et Tom a même presque abdiqué avec sa fameuse magnifique cuisinière à pétrole modèle Taylor, mais finalement après l’avoir emmené chez un chauffagiste (merci beau-frère pour le conseil) qui a fait quelques fines soudures nécessaires sur les tuyaux en cuivre et qui l’a rendu étanche : elle fonctionne enfin. Maintenant je dois m’habituer à elle et ça ce n’est pas encore gagné… Il faut préchauffer en versant de l’alcool à brûler sur le brûleur, allumer, attendre 3 min alors que les flammes deviennent impressionnantes, il ne faut pas avoir peur parait-il, puis allumer au bon moment, et ça marche… m’enfin sauf si on a allumé au mauvais moment ou pas mis assez d’alcool à brûler ou qu’il n’y a plus assez de pression (il faut pomper pour mettre la pression dans le réservoir une fois par semaine)… Ouais parfois je rêve à mon ancien plan de travail vitrocéramique 4 plaques… Bref je m’adapte et je cuisine. On se régale de bons petits plats simples mais gouteux et puis on a le four solaire et lui aussi méritera son chapitre et ses recettes...

Bière tiède, on s'y habitue…

Quand je vous parle d’adaptation et bien imaginez-vous vivre sans frigo ?!

Parce que sur un petit bateau avec 110 watt de panneaux solaires : on n’a pas de frigo, qui consommerait beaucoup trop d’énergie. Pour moi, c’est tout un apprentissage ! Pas si simple… C’est une question d’organisation, tout produit frais doit être acheté en mini emballage et consommé rapidement. Le beurre, il faut oublier … Le camembert, j’ai testé car je me souvenais d’un gars qui me disait qu’il était tellement meilleur sans être mis au frais, mais au bout d’une semaine ça empestait dans le bateau ! Finalement, après quelques temps, je commence à m’y habituer et je refuse de manger que des boîtes de conserve et des produits tout prêts !

Une mini salle de bain conçue pour un nain

Dans le chapitre, vie à bord, il faut que je vous présente ma nouvelle salle de bain : moins d’un mètre carré, quand t’es assis sur le WC, il te reste 35cm pour tes jambes… Un toilette pour nains J mais on s’adapte à tout… Et je ne me plains pas car pour Tom qui mesure 187cm c’est encore pire ! Un jour, c’est sûr il va rester coincé ! Pour tirer la chasse d’eau : il faut ouvrir la vanne, pomper plusieurs fois et surtout ne pas oublier de fermer la vanne, sinon on pourrait couler le bateau. Et mes affaires de toilettes, j’ai dû les réduire au minimum et encore il parait que j’en ai trop ! Je cherche encore le produit miracle et magique qui fait tout en un et qui ne prend pas de place, si vous avez des bons plans je suis preneuse… En tout cas, pas de place pour collectionner les trucs inutiles et superflus, fini le maquillage.

Pour mes habits, c’est pareil ! C’est réduit au strict minimum et tant pis si je ne suis pas à la mode, de toute façon je n’ai jamais aimé le shopping et je n’ai jamais été fashion victim, heureusement pour moi. Il me reste une paire de tongues, une paire de Keen (les chaussures génialissimes confortables +++) et une paire de chaussures de marin en cuir que je ne mets pas souvent… Mon sac à main, c’est mon sac à dos J pas très sexy c’est sûr mais pratique !

L’eau

Nos réservoirs contiennent 180 litres d’eau douce et on aura encore 50 litres dans des bidons pour les grandes traversées. On actionne l’eau douce grâce à une pompe à main (cela permet de l’économiser) et l’eau de mer avec une pompe à pied (comme on actionnerait une pédale de piano). Dans le port, on préfère faire la vaisselle avec le jet d’eau sur le ponton, c’est plus simple que dans l’évier… On n’a pas de douche, on se lave dans les douches du port et sinon se sera dans le cockpit simplement avec un sceau…

Vagabond baptisé à l’eau de mer

Le 13 mai, Vagabond a été mis à l’eau : baptême d’eau de mer, en chantant "the Yellow Submarine", Tom un peu tendu que tous les passes-coques (les entrées et sorties d’eau qu’il a fait pour le moteur, la cuisine et les WC) soient bien étanches… Notre bateau flotte et tout est ok, enfin il a fallu encore quelques rectifications pour que tout soit bien imperméable, se serait trop facile sinon… Bref, on a finalement quitté le chantier et la zone industrielle pour retrouver le port au centre-ville de Martigues. J’en profite pour faire un p’tit clin d’œil au couple de jurassiens qui nous ont accueilli sur le ponton ;-) quelle surprise sympathique !

Les rencontres

La vie est belle au port et on enchaine les soirées avec nos amis… On a fait des magnifiques rencontres. Il y a nos voisins Martine et Jean-Louis qui ont fait le tour du monde pendant 8 ans sur leur voilier Cannelle… Je suis en train de lire leur livre qui est fabuleux, je vous le recommande (https://www.amazon.fr/CANNELLE-AUTOUR-DU-MONDE-MARTINE-ebook/dp/B00AGM23NE/ref=sr_1_1?ie=UTF8&qid=1497533341&sr=8-1&keywords=martine+et+jean-louis+autour+du+monde)

Et puis il y a Joël qui m’a emmené avec Daniel sur son voilier aux îles du Frioul en face de Marseille. On a passé un week-end fantastique et Tom a pu profiter de mon absence pour démonter toute la cabine pour faire ses travaux de tuyauterie… Notre ami Daniel nous a donné de précieux coups de main pour les travaux dans le mât. Parce qu’on hisse « les poids plumes » en haut du mât et que moi, j’ai trop le vertige !!!

On adore Martigues ! Ville fleurie posée au bord de l'étang de Berre et reliée à la mer par un canal. Il fait bon flâner sur les marchés de Provence où l’on se régale des produits locaux, d’olives, de tapenades, de fraises et de melons succulents... Chaque soir, dans notre cockpit, on ne se lasse pas d’admirer le bal des mouettes et le coucher du soleil sur les maisons colorées. La Venise Provençale comme on la surnomme est une ville splendide pleine de charme ! Les trois quartiers sont reliés entre eux par des ponts et des canaux où il fait bon se promener. On en fait des kilomètres à pieds ! J'ai même oublié qu’il y a quelques mois, j’étais encore alitée avec une fracture... j’ai eu tellement de plaisir de retrouver mes deux jambes que j’en ai abusé… Une sortie musclée en stand up face au vent dans les vagues… Résultat : tendinite et claquage musculaire de la hanche… Lever le pied et ne pas oublier qu’il faut écouter son corps… Bref, soulagée que ce ne soit pas plus grave, à quelques jours du départ je suis toujours boiteuse mais heureuse !

A bientôt pour de nouvelles aventures aux Baléares !

PS : Pour ceux qui ont la chance de parler allemand, un petit article sur nous le dernier Yacht Magazine...

Les images de Martigues sont ici : https://anisiaettom.wixsite.com/martigues


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