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  • Anisia

La Graciosa, Lanzarote et préparation de la transatlantique


GRACIOSA, une petite île volcanique sauvage au nom charmant et d’une beauté qui ne nous aura pas laissé indifférent. Au paisible village de Caleta de Sebo, le temps semble s’être arrêté, rues sablonneuses et maisons carrées blanches nous transportent dans un décor du Far West. Les montagnes volcaniques aux couleurs allant des tonalités jaunes, ocres et jusqu’à rouges en passant par toutes les gammes de marrons, évoluant de l’aube jusqu’au soir, me rappellent les fascinants paysages du Ladakh en Inde. Des plages dorées paisibles et une eau turquoise cristalline… et oui que vouloir de plus ? L’île se visite à pieds ou à vélo; les distances sont courtes et on peut facilement monter en haut d’une montagne en une journée ou traverser l’île d’un bout à l’autre, elle ne fait qu’environ 8 km de longueur sur 4 km de largeur.

Les habitants ont le sourire et sont d’une gentillesse incomparable ! A ce propos, je dois vous citer l’exemple de la dame qui a fait notre montagne de lessive et qui, parce qu’elle avait deux jours de retard pour nous la rendre, a refusé catégoriquement l’argent qu’on lui devait pour son travail !

L’île a su garder son authenticité, l’afflux de touristes reste encore raisonnable et beaucoup ne viennent que pour la journée depuis Lanzarote.

L’envers du décor, car sinon ce serait trop beau vous pensez bien, c’est que le vent a soufflé si fort que nous n’avons pas pu profiter du mouillage bien trop agité et que dans le port, nous avons dû passer pas mal de temps cloitré à l’intérieur de notre petit mais cosy Vagabond. Le vent a soufflé en moyenne 60 km/h et jusqu’à des rafales de 100 km/h ! Détruisant au passage l’installation de notre panneau solaire, ce qui occupa Tom une journée pour tout remonter avec les moyens du bord, mais cette fois-ci, c’est certain : cela tiendra à un ouragan !

Le bateau a été recouvert d’une bonne couche de sable du Sahara auquel on ajoute une bonne couche de cristaux de sel, donnant un résultat poisseux crasseux jusqu’en haut des drisses et des haubans ! Ce vent a parfois tendance à nous mettre sur les nerfs. J’ai beau avoir grandi dans un endroit qui s’appelle « La Ventolière », qui veut dire « qui résiste à tous les vents » et bien il me tape sur le système quand même ! Bref, quand enfin tout redevient calme, les navigateurs sortent de leur bateau et ça papote sur le ponton propice aux rencontres.

Nous passons une belle soirée dans le cockpit, profitant du décors magique et idyllique du lieu. Sauf que notre voisin, lui aussi profite d’une soirée à bord de son bateau à moteur et comme l’électricité n’existe pas dans ce port, qui a gardé un aspect rudimentaire mais fort sympathique, et bien il fait tourner à fond son moteur pour recharger ses batteries ! Histoire qu’il puisse éclairer tout son cockpit pendant qu’il est à l’intérieur avec la télé à fond pour ne pas être incommodé par le bruit de son engin ! Les panneaux solaires, il ne connait pas et le respect de ses voisins encore moins ! Alors, quand nous étions suffisamment énervés après avoir respiré ses odeurs de gasoil et supporté son vacarme, Tom est allé tout gentiment lui demander avec ses trois mots d’espagnol, si c’était nécessaire de laisser tourner son moteur pendant des heures… Il a fini par l’éteindre et s’est retrouvé plongé dans l’obscurité... J'espère que nos lampes à pétroles l’auront inspirées pour ses prochaines vacances... Bref, c’était pour la petite histoire et mis à part cette expérience, le reste de notre séjour a été ponctué par de belles rencontres !

Nous serions volontiers restés plus longtemps mais nous sommes déjà en novembre et nous avons devant nous un océan à traverser… Nous commençons à nous languir d’impatience à l’idée d’être sous les tropiques et de plonger dans une eau turquoise à 26 degrés le matin au réveil avec un masque et un tuba… La route est encore longue jusque-là et le temps est venu pour nous de rejoindre Puerto Calero au sud-ouest de LANZAROTE, la seule marina qui avait encore des disponibilités en cette saison haute.

Graciosa est reliée à Lanzarote par un canal et sortir de ce couloir par le nord-est, contre vents et courants, n’était pas la meilleure option et nous avons été quelque peu mouillé et secoué! Comme j’imaginais que le trajet serait juste une courte navigation facile, je n’ai rien pris en prévention du mal de mer… J’ai eu tort car les deux premières heures ont été très pénibles avec la houle inconfortable et j’ai crépit la coque ! Maintenant vous savez pourquoi il est jaune notre bateau ! Encore heureux qu’on a penché suffisamment pour qu’il soit nettoyé à l’arrivée ! Ahhh ce foutu mal de mer ! Ce coup-ci, il m’a littéralement cloué dans un état de léthargie, jusqu’à ce que le comprimé de Stugéron agisse et que l’océan soit plus calme. Au bout de 6 heures de navigation, nous arrivons à Puerto Calero. Ayant pris un cocktail de comprimés antidouleurs pour ma hanche (la boursite est devenue chronique et me pose encore de gros soucis), combiné au comprimé anti mal de mer, en ajoutant une bonne dose de fatigue et trop de soleil sur la tête, je me trouvais dans un état légèrement « pétée ». Du coup, cela compliqua la manœuvre d’amarrage, déjà qu’à la base ce n’est vraiment pas mon point fort, mais là je ne savais plus du tout ni comment, ni quoi faire et voilà : le bateau a foncé doucement dans le ponton, ça lui a fait un petit beugne à l’avant en souvenir. Heureusement que la coque est en acier, c’est facilement réparable, mais mon capitaine n’était pas vraiment content, il a pu ressortir ses pinceaux et son pot de peinture jaune !

Puerto Calero est situé dans un village de villas de vacances, c’est une marina de luxe entouré de boutique de luxe et de restaurants. Après Graciosa, qui est incomparable, c’est un peu la déception ! Mais nous sommes là juste le temps d’attendre notre paquet, un nouvel autopilote plus costaud et mieux adapté à notre bateau, qui nous permettra de compléter notre régulateur d’allure mécanique et d’éviter de passer autant d’heures à la barre, vive le confort ! Le paquet, envoyé en mode express depuis l’Allemagne, n’arrive pas, vive la poste espagnole ! Tom passe du temps à se prendre la tête avec des formalités administratives…

Entre temps, nous profitons de louer une voiture pour visiter l’île aux volcans. Les paysages sont spectaculaires !!! Le parc national de Timanfaya est surréaliste ! Ces montagnes de feu sont nées des éruptions volcaniques en 1730 jusqu’en 1736 et la dernière en 1824. Nous traversons des paysages lunaires, des champs de lave pétrifiés aux couleurs d’ébène, entouré de nuances de rouge, d’ocre et de noir, des cratères, des cirques de volcans… Je ne sais pas si j’ai déjà vu un endroit autant stupéfiant ! On se croirait sur la planète Mars !

Au centre l’île se trouve une spécialité locale que sont les vignes protégées des vents par des murets de pierre. Le paysage est magnifique et le vin délicieux ! Au nord de l’île, nous circulons sur des routes en serpentin jusqu’en haut des montagnes, la vue est vertigineuse ! Je n’ai jamais aimé ce genre de route qui me foutent une de ces trouilles ! Alors nous nous arrêtons de temps en temps au bord du précipice pour que je me détende un peu et que je reprenne mon souffle tout en admirant la vue grandiose.

Notre paquet n’est toujours pas arrivé, les vents tournent sud, nous ne pouvons rejoindre comme prévu l’île de Gomera. Nous décidons donc de rester à Lanzarote pour préparer la grande traversée. Nous changeons de port, direction Marina Rubicon au sud de l’île à quelques milles, parce qu’ici c’est légèrement moins cher et qu’il y a un magasin d’accastillage où l'on trouve tout ce qu'il nous faut, dont les pièces pour effectuer le service de notre moteur, qui a grandement besoin qu’on s’occupe lui.

Tom bricole encore quelques petits travaux de préparation pour la transatlantique. Il m’a installé une ceinture pour me tenir en équilibre sans les mains quand je cuisine et que le bateau penche ! Les espaces de rangements sont encore améliorés, c’est fou comme chaque chose trouve sa place et chaque espace disponible est utilisé ! Le bateau a subi pas mal de modifications ces derniers mois ! Quelques check à faire avant la grande traversée, quelques drisses (cordes qui permettent de monter les voiles) à changer et surtout une longue liste d’avitaillement à faire ! Faire ses courses pour un mois, c’est quelque chose ! Et puis trouver comment et où ranger tout ça, c’est tout un art ! Dans le coffre à provision, c’est comme le jeu tétrix, tout doit s’emboiter parfaitement !

Ici aux îles Canaries, nous sommes venus chercher les alizées : les vents du nord-est qui nous pousserons cap à l’ouest jusqu’aux Antilles. Le départ est prévu fin novembre début décembre, direction la MARTINIQUE où nous espérons arriver pour fêter nouvel an…

Est-ce que je stresse à l’idée de passer un mois en mer sans voir la terre et en étant 24h sur 24 avec mon cher et tendre capitaine ? Eh bien, se serait vous mentir que de répondre négativement à cette question… Moi qui n’avait jamais navigué, me voilà après quelques mois, préparant une grande traversée ! C’est une aventure et c’est pour cela que nous avons tout quitté pour partir en voilier… J’ai beaucoup appris mais je reste encore une débutante. Ce n’est pas exagéré de dire que je mets ma vie dans les mains du capitaine et du bateau. L’océan peut être difficile, nous en avons eu un aperçu en arrivant aux îles Canaries… Quant au fait de passer 24h sur 24 ensembles et bien c’est déjà le cas depuis que l’on vit sur le bateau car même aux escales, nous passons beaucoup de temps ensemble ! J’avoue que ce n’est pas toujours facile et comme dans tous les couples, il y a des hauts et des bas… En tout cas, il faut être un couple solide sinon ça ne tient pas. Et les problèmes, il vaut mieux les résoudre directement, sinon c’est l’enfer. La clé, c’est la communication et le respect de l’autre. L’océan nous rapproche : nous nous sentons bien quand nous naviguons, nous trouvons un certain équilibre et n’avons pas les mêmes soucis que sur terre... M’ennuyer de n’avoir que du bleu autour de moi pendant un mois ? Je vous raconterai cette expérience à notre arrivée… De l’autre côté de l’océan, il y aura alors deux options : une fois pas plus ou j'ai le virus on continue plus loin…

"C'est notre liberté qui s'annonce. C'est la vie du vent, du nuage, de l'embrun. C'est le labeur marin parfois dur, parfois doux. C'est l'espoir de la vérité sur soi-même. C'est le bonheur de l'instant qui passe, le renoncement à vivre pour demain parce qu'aujourd'hui suffit."

JANICHON Gérard, Damien autour du monde.

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