Panama City, les îles Perlas... Et bientôt le départ pour la grande traversée du Pacifique...

February 27, 2019

 

PANAMA CITY

 

 

Les premières impressions du Pacifique ne sont pas vraiment positives…

 

Alors que la première lueur du jour dévoile à l’horizon les gratte-ciels de la ville de Panama, Tom lève l’ancre lourdement chargée d’une énorme masse de vase boueuse… Après 38 jours au mouillage de Las Brisas, notre Vababond est recouvert d’une couche de crasse noire, sale comme jamais, il a besoin d’un bon nettoyage !

 

Las Brisas ne s’appelle pas « la brise » pour rien. En saison des alizés, un vent souffle en permanence, un genre de ventilateur super frais qui a tendance à finir par nous taper sur les nerfs ! Parfois, les vagues secouent notre bateau comme si nous étions en pleine mer et un jour, Tom s’est cassé la figure en rangeant le coffre du cockpit. Résultat : un œil au beurre noir et quelques cicatrices en souvenir de ce mouillage déplaisant…

 

Nos déplacements en annexe sont rock’n roll dans les vagues et le clapot très inconfortables. Nous rentrons dans notre petite maison flottante complètement trempé. Les débarquements à terre, et bien c’est toute une histoire aussi ! Nous devons entasser nos annexes les uns sur les autres dans un coin du ponton. A marée basse, on risque d’endommager notre frêle embarcation qui parfois se retrouve sur les rochers. Les employés des autorités maritimes, antipathiques,  sont là pour veiller à ce que des règles absurdes soit respectées… Bref, le seul avantage c’est que le ponton est gratuit mais pour le reste, les navigateurs ne sont de loin pas les bienvenus. Lors de la visite du pape au Panama et bien nous nous sommes senti comme des indésirables, un manque de respect qui m’a mis dans un tel état de colère que pour calmer ma rage et bien j’ai écrit... Notre amie panaméenne a traduit le texte en espagnol et nous a conseillé de le publier dans la presse locale. Ce texte a fini jusque dans les mains du ministère du tourisme ! En espérant qu’un jour les panaméens seront un peu plus accueillant vis-à-vis des navigateurs… 

Vous trouverez le texte en cliquant ici.

 

Alli et Gerti nous emmène hors de la ville 

 

Après avoir vécu une vie de voyages avec sa petite famille, Alli a posé l'ancre de son beau voilier rouge ici à Las Brisas il y a presque vingt ans. Nous avons passé de chouettes moments à écouter ses histoires de voyage et Tom est en train d’écrire un article pour le magazine allemand YACHT sur la vie de Alli… Lui et sa femme Gerti nous ont fait profiter de quelques belles sorties hors de la folie de la ville, notamment dans les grottes de Las Cuevas de Bayano au pays des indiens Kunas (la vidéo en cliquant sur ce lien) et chez la tribu des indiens Embera dans le parc national Chagres.

 

Quelques dernières améliorations sur Vagabond

 

Panama City fut l’occasion, grâce à l’aide et les bons plans de notre ami Alli, d’apporter de nombreuses améliorations à notre Vagabond. La liste est longue mais en résumé, nous avons augmenté l’autonomie en gaz en changeant nos petites bouteilles contre des plus grandes et maintenant, je peux confectionner du pain tous les jours ! Nous avons aussi profité d’un super menuisier et du bois teck à bon prix pour refaire notre porte d’entrée, une nouvelle plateforme pour notre régulateur d’allure (anciennement en contreplaqué qui avait bien souffert après seulement deux ans), une étagère dans la cabine avant pour augmenter l’espace de stockage ainsi qu’une planche pour attacher des bidons d’eau et de diesel sur le pont. Et puis, nouveau look pour Vagabond : de beaux cagnards pour éviter de se prendre des vagues dans le cockpit (un grand merci à notre ami Chris pour son beau travail )

 

Shopping intensif

 

Albrook Mall, c’est un gigantesque centre commercial qui, en 2015, était le plus grand des Amériques et le 14e plus grand au monde ! Au début, on s’y perd, on est surstimulé, on s’y sent oppressé, on angoisse dans cette foule en délire assoiffée de consommation. 800 magasins et quelques 40 restaurants, c’est juste incroyable ! Dans ce gigantesque labyrinthe, on s’oriente avec les animaux plus ou moins taille réelle qui indiquent dans quelle aile nous nous trouvons. Au dinosaure, il y a le supermarché 99 et le « Do It Centre ». Les magasins de bricolage, mieux vaut aimer ça car on y passe des heures quand on vit à bord d’un voilier ! Nous dégustons de délicieux sushi et courage, nous poursuivons nos courses intensives pour faire le plein de vivres pour plusieurs mois. Nos coffres à provisions sont remplis à rebord. Bref, à Panama City, nous n’avons vraiment pas chômé et un besoin de vacances se fait sentir…

 

 

BONHEUR AUX ILES PERLAS

 

 

Cap sur les Iles Perlas

 

Le vent est absent, le moteur ronronne. En fin d’après-midi, nous nous approchons de l’île de Contadora. L’air est parfumé de milles senteurs de fleurs et de nature, qu’est-ce que cela fait du bien ! Le mouillage est assez grand pour accueillir les 27 bateaux du rallye de l’ARC ainsi qu’une dizaine de voiliers de voyageurs. L’ARC est un rallye qui fait le tour du monde en 15 mois sur des bateaux plutôt grands et luxueux…

 

 

Contadora, le Saint-Tropez du Panama

 

Contadora, c’est un peu le Saint-Tropez du Panama. Les riches panaméens s’offrent ici de somptueuses villas de week-end. C’est la seule île touristique de l’archipel des Perlas, il y a deux ou trois hôtels, quelques petits restaurants et deux mini supermarchés pour s’approvisionner du nécessaire. Ici, on se balade à pied ou en voiturette de golf sur de petites routes goudronnées. L’île n’est pas très grande et on fait le tour en quelques heures de promenade sympathique en s’arrêtant pour admirer les jolies plages.

 

« Le bonheur n’est réel que lorsqu’il est partagé »

 

Le paradis, ce n’est pas qu’un paysage extraordinaire digne d’une carte postale, c’est surtout quand on peut partager des bons moments avec des amis. Depuis que nous sommes dans le Pacifique, nous ne comptons plus les sympathiques soirées en compagnie de nos amis. Nous retrouvons les suisses Catherine et Jürg qui nous avaient invités pour un succulent repas sur leur voilier le soir de Noël. Mais aussi Anna et Luca, sur leur petit voilier en acier rouge http://www.dirnador.com. Ainsi que les québécois Louise et Stéphane avec qui nous avions passé le canal de Panama https://louise-stephane.blogspot.com. Ils sont restés aussi longtemps que nous à Panama City et nous avons passés de belles soirées à bord de leur voilier Ambition en compagnie d'André et Sophie du voilier Frimousse https://www.facebook.com/Voilierfrimousse/ Nous passerons quinze jours de vacances aux îles Perlas tous ensembles ! Un vrai bonheur !

 

Avec Stéphane, Louise, André et Sophie :-) 

 

La belle vie dans les îles

 

Une bande de copains, un feu sur une magnifique plage, un barbecue de poissons fraichement pêché, André à la guitare, Sophie au ukulele et des superbes chansons québécoises… Elle est belle la vie ! 

 

Stephane s’est levé de bonne heure et comme moi, il trépigne à l’idée d’aller à la chasse sous-marine. Tous les deux, nous sommes comme des gamins prêt pour notre partie de jeu ! J’ai trouvé un partenaire de pêche tout aussi têtu et passionné que moi et c’est génial ! Il passe me chercher avec sa femme Louise et ensembles, nous partons en annexe à la découverte des spots de pêche. Un seul bémol : les eaux sont froides, troubles et infestées d’espèces de filaments qui s’accrochent à la peau et qui brûlent terriblement ! Il vaut donc mieux s’équiper d’une bonne combinaison intégrale. Je n’ai qu’un mince shorty et après m’être fait piquée toutes les parties découvertes et bien j’enfile maintenant un collant, une paire de chaussettes longues, un pull à longues manches, des gants et même une cagoule ! Pas très sexy mais avec ça, je suis parée pour affronter ces horribles bestioles et je ramène du poisson chaque jour ! Tom n’a pas de combinaison et donc il ne passe pas beaucoup de temps dans l’eau. Il s’occupe avec les quelques dernières bricoles en vue de la grande traversée...

 

André et Sophie préfèrent la pêche à la traine en annexe et ils ont aussi attrapés de beaux poissons ! Alors, un jour, nous avons fait une soirée dégustation des quatre différents poissons que nous avions pêchés. Résultat : c’est le « Jack » ou « caranque » (en français) notre préféré. Vous connaissez les repas canadiens ? Et bien au Québec on appelle cela un « potluck ». Cela veut dire que chacun amène sa boisson ainsi qu’un truc à manger et cela donne de succulents buffets copieux. Pendant que les femmes discutent recettes et confection de pain, les hommes discutent batteries et panneaux solaires. Bref, ça se termine par de la bonne musique et une partie de danse endiablée dans le cockpit spacieux du voilier Ambition.
 

Le mouillage entre l’île de Chapera et Mogo-mogo est superbe ! Il parait que c’est ici que la série américaine « Survivor » a été tournée. L’eau est plate comme un lac et se sont des conditions de rêve pour de magnifiques balades en planche de stand up paddle. Je glisse au milieu des pélicans tout en admirant les poissons perroquets aux couleurs flamboyantes dans une eau claire et peu profonde où de nombreuses raies sont posées au fond de l’eau. Parfois, je vois les raies aigles léopards voler juste en dessous de ma planche, c’est magique ! Le décor est sauvage et change en fonction des marées qui ici sont de 5 mètres.

 

Le week-end, fini le décor de rêve car les panaméens viennent profiter des plages… Une dizaine de grosses vedettes de millionnaires débarquent et transforment l’eau en une marmite avec leurs gros moteurs hyper puissants ! Certains n’ont aucun respect et n’hésitent pas à passer à fond la caisse juste à côté de notre petit bateau qui se retrouve bien secoué par les vagues qu’engendrent ces gros engins ! La compétition de qui mettra la musique le plus fort commence et c’est la cacophonie ! Mais le pire, c’est le dimanche, lorsque la navette débarque avec une foule de monde et que la plage se retrouve couverte de parasols. Le vacarme n’est alors plus supportable. Une seule chose à faire : fuir ! Lever l’ancre et retrouver la tranquillité ailleurs. C’est l’avantage d’avoir une maison mobile !

 

Espiritu Santo

 

Avec nos amis québécois, nous rejoignons Espiritu Santo à 14 milles plus au sud. Le vent est absent, nous faisons route au moteur sous un soleil de plomb. Toujours pas de poisson au bout de notre ligne de pêche. Quand vont-ils finir par mordre ? Je rêve d’un sashimi de thon rouge fraichement pêché !

 

Vagabond, Frimousse et Ambition se retrouvent devant la jolie petite île enchanteresse au nom mystique : Espiritu Santo. Le cri des perroquets raisonne, des pélicans s’en donnent à cœur joie en faisant leur fabuleux piqué plongé plouf. Le décor est somptueux ! Une pirogue accoste à la plage où les chiens s’ébattent… en fait, non ils ne promènent pas leurs chiens mais ils chassent les iguanes car il parait que c’est un met délicieux !

 

Fatigués de nos dernières soirées un peu trop festives, nous plongeons dans un sommeil profond dès 20h du soir. Le lendemain matin, Stéphane et Louise passent me chercher avec leur annexe pour visiter les alentours et chercher des spots de chasse sous-marine. Mais malheureusement, l’eau est trouble et les poissons ne sont pas au rendez-vous.

 

La joyeuse équipe d’amis s’en va à la découverte de l’île. Nous nous frayons un chemin au travers de la forêt dense et arrivons vers une très jolie plage où l’eau est cristalline. Il parait que l’on peut entendre le chant des baleines d’ici, mais ce n’est peut-être pas la saison où elles viennent se reproduire… S’il y a des baleines dans les parages c’est probablement parce qu’il y a beaucoup de plancton. Et qui dit plancton, dit feu d’artifice dans la cuvette des WC lorsque l’on tire ou plutôt pompe la chasse d’eau de mer de nos toilettes la nuit, c’est MAGIQUE ! Même phénomène lors des balades en annexe de nuit. Tout le sillage s’illumine et je m’amuse à gicler avec ma main l’eau toute illuminée ! Quel spectacle !

 

Malheureusement, le mouillage de Espiritu Santo n’est pas bien protégé du vent qui chaque soirée se lève. Préférant de loin les eaux calmes et plates comme un lac et parce que nous n’avons pas pu pêcher grand-chose ici, nous mettons alors le cap pour retrouver le charmant mouillage de Mogo-Mogo. Nous pourrons profiter jusqu’à l’invasion du week-end. Stéphane et moi, nous avons un but en commun : chasser un « Jack » ! Or, la pleine lune a emmené des marées extraordinaires et l’eau est trouble, on n’y voit plus grand-chose et nos parties de chasse à l’aveuglette deviennent moins agréables.

 

Un repas bernois qu’on n’est pas prêt d’oublier !

 

Nous retrouvons nos amis suisses Jürg et Catherine du voilier Kjaloha. Depuis notre rencontre à Panamarina, nos compatriotes nous ont déjà rendu plusieurs services pour lesquels nous leur sommes infiniment reconnaissant. Nous les retrouvons dans ce nouvel océan et partageons de beaux moments ensemble. Un soir, ils nous invitent pour déguster un repas suisse. Au menu : jambon (qui vient de la Coop !), haricots séchés suisses, salade de pommes de terre et flan au caramel (qui vient de la Migros) pour le dessert ! Vous ne pouvez pas imaginer comme on s’est régalé de ces goûts oublié depuis si longtemps, la saveur des aliments n’en est que meilleure ! Merci les amis ! 

 

 

PREPARATIFS AVANT LA GRANDE TRAVERSEE DU PACIFIQUE... 

 

Nous sommes le 24 février, une date qui restera marquée à jamais car il y a un an, jour pour jour, nous arrivions en Martinique après 45 jours en mer… Aujourd’hui, bien des milles se sont écoulés sous notre quille et nous nous préparons pour la plus grande traversée de tout notre tour du monde ! 4000 milles nautiques, près de 7400 km, de quoi avoir le vertige !

 

L’alizé, c’est le vent « moteur » de notre tour du monde et pour trouver l’alizé du sud-ouest, il nous faudra faire route en direction des Galapagos. Malheureusement, nous n’avons pas le budget pour y faire escale, c’est devenu hors de prix. La route vers les Galapagos a mauvaise réputation en raison soit du manque de vent soit du vent de face. Fin février est la bonne saison pour traverser cette portion du pacifique. Mais en ce moment, le vent est plutôt très faible et la zone de convergence est anormalement large…

 

Le capitaine est très serein et le bateau est prêt. Mais je dois avouer qu’après avoir vécu une transatlantique difficile, elle me fait peur cette traversée ! Avec notre petit bateau, il faudra compter une quarantaine de jours ou même certainement plus pour arriver jusqu’aux îles Marquises. Je sais pourtant que j’ai supporté 45 jours de conditions pas très marrantes et pourtant, mes peurs parfois me rattrapent et me submergent… Ce que je crains le plus ? Ce ne sont pas les vents forts et une mer déchaînée car cela ne devrait en principe pas arriver sur ce trajet. D’ailleurs, jusqu’à présent, le Pacifique porte si bien son nom que mon mal de mer est presque oublié ! Non, ce que je crains, c’est plutôt de nous retrouver encalminé des jours et des jours sans un souffle de vent dans l’immense zone de calme. Tous les bateaux qui se préparent pour la grande traversée s’équipent de bidons de diesel supplémentaires mais nous n’aurons pas une autonomie de plus de six jours de moteur et donc il faudra espérer trouver un peu de vent et de courant et compter sur notre nouveau SPI (une voile comme une toile de parachute pour les vents légers, merci Kudi pour ce super cadeau !).

 

 

La grande différence avec notre transat, c’est que cette fois-ci, nous aurons un lien avec le monde extérieur via notre poste de radio amateur et notre téléphone satellite. Nous pourrons communiquer avec d’autres bateaux qui feront route en même temps que nous et envoyer des messages à nos familles et amis.

 

25 février. Nous sommes de retour sur l’île de Contadora pour avoir la connexion internet et étudier la météo… Ce matin, Ambition et Frimousse appareillent pour la grande traversée. Le cœur empli d’émotions, nous nous donnons rendez-vous aux Marquises. De notre côté, nous mettons le cap vers le continent afin de faire un plein d’eau, diesel, gaz et une dernière grande séance de « magasinage » (comme disent nous amis québécois). Notre bateau sera alors en « mode traversée », ce qui signifie que notre couchette à l’avant sera utilisée pour stocker une partie des vivres et l’eau et que nous dormirons alors dans notre lit dans le carré.   

 

Nous allons à Vistamar, une nouvelle marina bon marché à 92 km de Panama City. Nous avons du boulot qui nous attend ! Les vacances sont finies ! Mais nous allons retrouver Jürg et Catherine ainsi que Luca et Anna qui eux aussi se préparent pour la grande traversée… 

 

Vous aurez encore un petit mot sur le site juste avant notre départ juste prévu d’ici probablement une semaine… En attendant, il faut que je vous laisse, nous arrivons à Isla Bona où nous allons faire une escale d’une nuit avant de poursuivre vers le continent. Il est superbe ce mouillage ! Une beauté sauvage, nous sommes seul, enfin pas si seul que ça puisque c’est un sanctuaire d’oiseaux et je n’en ai jamais vu autant de toute ma vie ! Il y en a des milliers dans le ciel et sur les berges escarpées de ce gros rocher très haut recouvert d’une forêt dense. Il n’y a ni plage, ni moyen d’aller se balader sur cette petite île qui appartient aux oiseaux... On s’invite chez eux, on les admire voler librement et plonger pêcher leur poisson et je rêve d’être moi aussi un oiseau car d’en haut, l’île doit être encore plus belle !  

 

 

 

 

 

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