Intermède pour remplir la caisse de bord et retour au Panama…

November 4, 2018

 Syndrome de la page blanche

 

Ce séjour dans le mode de vie occidental m’a précipité dans une autre dimension temporelle et dans un tout autre monde... De retour à ma vie sur l’eau, toutes mes pensées se sont d’abord tournées vers ma grand-maman qui est allée rejoindre le monde des anges… Puis, petit à petit, le syndrome de la page blanche s’est estompé pour qu’enfin l’inspiration à l’écriture réapparaisse… J’en ai des choses à vous raconter depuis le mois de juin !  

 

Retour à la maison

 

Après avoir passé quatre mois en Suisse, je m’envole vers le Panama. Le voyage est long, douze heures de vol non-stop de Frankfort jusqu’à Panama City. Assis à mes côtés, un jeune estonien. Il quitte pour la première fois son pays pour son travail de mécanicien sur un gigantesque cargo. Il passera le canal de Panama et traversera l’Atlantique jusqu’à Amsterdam, ce sera sa toute première expérience en mer… Sorti de l’avion, c’est le choc climatique. La chaleur moite et oppressante surprend le jeune homme qui enlève très vite sa doudoune. Bienvenue au Panama ! Pour la petite anecdote, c’est un pays où il fait froid à l’intérieur et torride à l’extérieur. J’ai toujours un polaire sur moi pour entrer dans les espaces climatisés à l’extrême tel que les magasins, les restaurants, les taxis, mais le pire, c’est l’aéroport, il faut carrément prévoir une écharpe, limite un bonnet ! 

 

Les retrouvailles avec Tom sont émouvantes. Il est arrivé cinq semaines plus tôt. Dans le but d’effectuer quelques améliorations et des travaux sur notre voilier Vagabond. Nous passons quelques jours chez notre amie Carolina dans sa jolie maison à Panama City.

 

 

Puis, nous louons une voiture pour aller faire les grands achats d’avitaillement. Nous n’avons plus grand-chose à bord et la petite marina où repose Vagabond est complètement isolée dans la jungle. La voiture ne dispose d’aucun GPS et nous n’avons plus de crédit sur nos portables pour utiliser Google Maps… Rouler dans une si grande ville, sans savoir où on va, en s’orientant au p’tit bonheur la chance grâce aux grattes ciels, c’est de la folie ! Ici, c’est du grand n’importe quoi et tout est très mal indiqué. Mais, étonnement, les conducteurs ne roulent pas trop vite et avec respect. Au final, nous nous en sommes pas si mal sorti. Ouf ! Tom m’a épaté ! Après environ trois heures de route, nous arrivons sur le chantier de la petite marina, Vagabond est étincelant ! Quelle joie de le retrouver !

 

 

 

 

 

Il faut se réhabituer à cohabiter dans un espace minuscule et se réadapter au climat équatorial. Sur le chantier, il fait chaud, très chaud ! Il n’y a pas un pet d’air et j’ai l’impression d’étouffer. Le thermomètre affiche 35 degrés à l’intérieur du bateau. J’enclenche la cuisinière à gaz, il grimpe jusqu’à 38 et c’est le hammam ! Lorsque la température descend à 29 degrés, chose étrange, il fait presque frais !

 

Les chitras, ces saloperies de petits moucherons, sont toujours fidèles au poste, prêt à nous dévorer dès l’aube et le crépuscule et parfois toute la journée. Comme réveil matin, rien de plus efficace ! 6h debout ! Les singes hurlent, de multiples oiseaux chantent, un petit colibri s’est installé sur les filières alors que des papillons géants extraordinaires volent autour de la coque jaune resplendissante de Vagabond.

 

En Suisse pour remplir la caisse de bord

 

Avant de vous raconter nos aventures au Panama, il faut que je vous parle de l’expérience de notre séjour en Suisse… Car, j’étais bien loin de m’imaginer à quel point ces quatre mois allaient être une merveilleuse aventure ! 

 

Pour poursuivre notre rêve, notre compte en banque doit être renfloué de temps en temps. Si la vie à bord d’un voilier est bien moins onéreuse que la vie en Suisse, elle n’est pas gratuite non plus. Pour ceux qui se posent la question de notre budget, notre but est de vivre avec 1200 CHF par mois tout compris (le plus grand poste étant les frais du bateau). La première année de voyage, il y a eu tous les investissements initiaux, les mauvaises surprises et toutes les améliorations (comme la radio BLU, l’iridium go et l’AIS) qui ont quelque peu plombés notre budget. Ayant passé vingt ans dans l’eau douce, notre voilier a la chance de ne pas avoir souffert de corrosion et d’être dans un excellent état. Néanmoins, presque toutes les pièces âgées de vingt ans ont dû être remplacées. L’avantage, c’est que Tom connait maintenant le bateau dans ses moindres recoins et que tout l’équipement est flambant neuf !

 

Notre but est de rentrer chaque année pour travailler trois à quatre mois en Suisse. Il faut l’avouer, nous avons la chance d’être citoyen suisse et de trouver des emplois qui nous permettent de pouvoir suffisamment économiser pour repartir une année.

Dès notre arrivée, nous avons débuté par un véritable marathon des agences de placements. Envoyé nos dossiers partout et croisé les doigts en restant positifs. J’avais également fait des offres d’emplois spontanées et c’est ainsi que j’ai eu l’opportunité de décrocher un job de rêve dans le canton du Jura. Mon travail d’infirmière m’a permis de faire de très belles rencontres, autant au niveau de l’équipe que des bénéficiaires de prestations qui m’ont tant offert… Ils m’ont gâtée et le job était passionnant ! Je dois dire que c’était dur de repartir… Aujourd’hui, j’ai confiance pour l’avenir, pour ces retours annuels qui ne seront plus une source de stress, mais une partie de plaisir car j’ai repris goût à mon métier d’infirmière. Travailler trois mois, c’est se donner à fond, prendre le positif en laissant les aspects négatifs qui finissent souvent par devenir envahissants après les années de routine dans le même job. J’aime la citation de Paolo Coelho qui dit que « si vous pensez que l’aventure est dangereuse, essayez la routine. Elle est mortelle ».

 

Cette première année de voyage m’aura appris à relativiser, à vivre autrement, plus simplement, à apprécier encore plus les petites choses de la vie. Ce retour à la vie de terrienne m’aura offert le bonheur de prendre une vraie douche chaude avec l’eau qui coule à volonté (à bord, nous utilisons moins de dix litres d’eau douce par jour). Le plaisir d’avoir un frigo et de pouvoir déguster des kilos de fromages et de mettre du beurre sur mes tartines. La satisfaction de pouvoir ranger toutes mes affaires dans une grande armoire, sans devoir chercher des stratégies de pliages ingénieux pour que tout rentre dans un minuscule espace… Mais d’un autre côté, j’ai eu de la peine de vivre dans un bloc de boîtes carrées empilées les unes sur les autres. Mes oreilles avaient perdu le filtre et étaient sensibles aux bruits du voisinage et du trafic. Cependant, on finit par s’habituer à tout…

 

Tom, de son côté, est resté deux mois à Berne chez sa mère. Profitant de passer du temps avec elle. Les agents de placement ont fait une drôle de tête en voyant débarquer un ancien cadre, au curriculum vitae bien fourni, demandant à effectuer n’importe quel job. Certains ont dû le prendre pour un fou, tandis que d’autres ont trouvé le projet sympa. Il a ainsi pu trouver différents boulots. Du chantier de démontage de cuisines, à l’archivage et logistique chez Nestlé, de la rénovation d’appartements (un gigantesque dix pièces à peindre en une semaine), au plus original : livreur et installateur de téléviseurs (lui qui n’a pas de TV depuis des siècles), et le plus physique :  déménageur, 258 cartons à transporter, à deux, en une journée !

 

Chacun de son côté…

 

La séparation a fait revivre notre couple et a permis aussi de se retrouver avec soi-même. De n’être plus un « nous » mais un « je ». Parler de soi et non plus de nous, cela fait du bien à l’égo. Faire pleins de nouvelles rencontres… Et pour moi, passer enfin du temps entre femmes et retrouver les copines. C’est ce qui m’avait vraiment manqué pendant cette première année de vie de vagabonde.

 

 « Le passé qui s’invite, des photos, des moments de sourires mais aussi de larmes, des pages tournées… On dit qu’il suffit de laisser le temps passer pour que s’efface hier. Pourtant, chaque moment, jusqu’au dernier de nos aventures, tout me revient et s’en est presque trop… Je digère le vécu et je me réjouis de revivre ces moments de sourire mais aussi de larmes avec toi, mon amour… ». Tom m’a écrit régulièrement des poèmes et m’a envoyé ces mots un soir avant de s’endormir… Après cette première année d’aventures, il avait besoin de faire une petite pause pour mieux repartir…

 

De vrais amis

 

Les amitiés de voyage sont profondes, enrichissantes, mais souvent éphémères... Notre vie est faite d’adieux parfois douloureux et je pense que c’est important d’avoir des racines quelques part… Car, nous savons que là, dans notre pays d’origine, nous avons des amis sur qui nous pourrons toujours compter. En Suisse, nous avons profité de nos jours de congés pour revoir nos familles et nos amis. Que du bonheur ! Je leur envoie un p’tit clin d’œil pour les remercier pour leur soutien et pour nous avoir chaleureusement accueilli, offert un lit quand nous en avions besoin et partagé tous ces bons moments ensemble. La vie sur l’eau nous a manqué mais nos amis navigateurs nous ont offert de merveilleux moments sur les lacs. C’est beau de naviguer sur une eau plate sans vagues et sans le mal de mer ! 

 

De retour au Panama, il y a encore du boulot qui nous attend…

 

Aujourd’hui, nous voilà à nouveau tous les deux réunis au Panama. Tom a bossé comme un fou pendant cinq semaines et nous finissons les derniers travaux ensembles. Quelques petites surprises nous attendent encore... Nous attendons du matériel et des pièces qui sont commandées aux USA, cela prend du temps. Les jours de pluie s’enchaînent, il faut avoir de la patience pour terminer les boulots de peinture. Lorsqu’enfin, un petit rayon de soleil surgit, vite on attrape le pinceau et on prie pour que ce nuage là-bas ne vienne pas ruiner le travail. Le taux d’humidité atteint 80% et la lutte acharnée contre la moisissure est une de mes principales occupations. Nettoyer et puis tout recommencer trois jours plus tard quand une fine couche blanchâtre réapparaît sur les boiseries. J’ai un gros défaut : je suis maniaque à un point que je dois apprendre à lâcher prise ! Le pire, c’est le bambou qui orne nos parois et qui est traité avec de l’huile, comme les parquets huilés dans les maisons. Les champignons adorent ça et si seulement je les avais vernis… Bref, rien de grave du moment qu’on aime passer le torchon ! Le pont du bateau fraîchement repeint devient grisâtre et je passe des heures à le brosser avec un produit dégraissant pour qu’il redevienne tout blanc… Vivement que l’on retrouve un climat un peu plus « normal » car ici, c’est vraiment extrême !

 

Panamarina

 

L’ambiance est chaleureuse et familiale à Panamarina, cette petite marina tenue par un couple de français établi ici depuis une vingtaine d’années. Nous partageons nos galères avec d’autres navigateurs. On se console, il y a bien pire que nous. Chaque problème à sa solution. Toutefois, j’ai tendance à perdre patience sur les chantiers où l’on dépend d’un mécanicien qui ne vient pas… Au Panama, les gens ne sont pas réglés comme des horloges comme chez nous en Suisse où tu t’excuse d’avoir cinq minutes de retard.

 

Nous faisons de très belles rencontres. Il y a tant d’histoires de gens qui ont un vécu et une vie si extraordinaire qu’il y aurait de quoi en écrire un bouquin. Tous sont « sorti du cadre » et vivent leur rêve. Les adieux sont émouvants et nous nous donnons rendez-vous dans le Pacifique en espérant que le destin permettra à nos chemins de se croiser à nouveau…

 

Mésaventure de la vie dans la jungle

 

Un petit épisode qu’il faut que je vous raconte… Tom était en train de peindre une couche d’antifouling (la peinture que l’on met en dessous de la ligne de flottaison pour éviter que les coquillages s’accrochent à la coque). Comme il a l’habitude d’être piqué en permanence par les chitras et les moustiques, il n’a même pas senti l’individu qui l’a attaqué. C’est lorsque son pied est devenu suffisamment gonflé qu’il s’est inquiété. Mince ! « Y a un truc qui m’a piqué et t’as vu mon pied !? » Waouh ! En effet, ça c’est une piqûre ! Une guêpe panaméenne ? Une araignée ? Aucune idée ! Un petit coup d’aspivenin, une crème antibiotique, de l’argile sur l’œdème. Un antihistaminique, le médicament indispensable qu’on prend dès que les piqûres deviennent supérieures à ce que l’on peut supporter et que ça gratte à s’en rendre fou. Bref, quelques antidouleurs et Tom se remet au boulot. Mais ce n’est pas la grande forme. Le lendemain, c’est pire, le pied est énorme et rouge violacé. Le point de la piqûre est bien visible. Les douleurs sont difficiles à supporter. Tom est pâle et nauséeux…  Je connais mon homme, ce n’est pas le genre à se plaindre… Notre amie belge, Dominique, vit au Panama depuis déjà pas mal de temps et sa réaction est immédiate : « Il ne faut pas plaisanter avec ce genre de chose ici ! » Alors on file à l’hôpital ! Hop ! On saute dans la jeep et en route vers Portobelo à une bonne quarantaine de minutes où il y a un petit dispensaire avec un toubib. L’occasion de visiter un hôpital local. La gentille doctoresse identifie immédiatement l’auteur de la piqûre, c’est un scorpion ! Mais lequel ? Mystère… Vu les symptômes, ce n’est pas le plus venimeux, mais par précaution, la doctoresse nous prévient que si malgré le traitement, rien ne s’améliore d’ici deux jours, il faudra nous rendre dans une clinique spécialisée à Colon. La consultation est gratuite dans les institutions publiques mais le privé coûte très cher… Nous payerons 50 dollars le traitement. Au début, Tom se sent affaibli par les médicaments mais petit à petit, son pied va mieux… Ouf ! Nous n’avons jamais retrouvé le coupable, la doctoresse nous avait dit de bien vérifier dans notre lit. Mais j’imagine mal un scorpion grimper une échelle et passer au-delà de nos moustiquaires pour s’installer dans notre bateau…

 

Retour à la vie sur l’eau

 

Après trois mois sur l’espace de stockage et six semaines sur le chantier, Vagabond est prêt pour la mise à l’eau. Quel bonheur d’être enfin au mouillage ! Les températures sont plus agréables. Les pélicans volent au-dessus de nous et plouf ! Ils plongent pour pêcher et engloutir le poisson dans leur grande gorge. Ils sont fascinant ces oiseaux qui semblent sorti de la préhistoire !

 

 

Le paradis pour profiter de ma planche de stand up paddle

 

Les semaines et les problèmes s’enchaînent… Le système de refroidissement d’eau du moteur bouché, l’inverseur bloqué, les injecteurs de diesel bouchés, le système du presse-étoupe à améliorer, et j’en passe… Heureusement, notre sauveur Nelson, le meilleur mécanicien depuis notre départ, va nous dépêtrer de nos galères.

 

Pendant ce temps-là, je profite de ma planche de stand up paddle, devenue mon moyen de transport pour me rendre à terre ou pour me balader. J’emprunte le tunnel de mangrove, surnommé le tunnel de l’amour, un lieu mythique, romantique, où l’eau est comme un miroir sur lequel les mangroves reflètent et rendent cet atmosphère totalement magique ! Ma planche glisse doucement sur cette eau lisse où aucun courant ni aucune vague ne freine mon élancée. Attentive à tout ce qui m’entoure, je me sens telle une aventurière, avec un brin d’angoisse à l’idée d’être dans ce tout autre monde complètement surnaturel et envoûtant… Qui vais-je rencontrer ? Un boa ? Un reptile ? Les singes ? Oui, ils sont là et sautent de branches en branches, tandis qu’un paresseux portant son bébé se repose sur un arbre. Il porte bien son nom, il bouge avec une telle lenteur ! Quel drôle d’animal ! De retour d’une de mes promenades, trois dauphins passent à côté de moi dans la baie, waouh quelle surprise ! J’ai rêvé qu’ils s’approchent encore un peu plus et viennent jouer avec moi, mais ils sont timides et ne faisaient que passer.

 

 

 

Voilà, après cette longue phase de travail intensif, il est temps de bientôt larguer les amarres pour rejoindre les paradisiaques îles San Blas à quelques 50 milles nautiques (100 km). Nous serons de retour un peu avant Noël pour préparer le passage du canal et rejoindre l’océan Pacifique…

 

 

 

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Pour découvrir la prochaine vidéo sur YouTube, il faudra avoir encore un peu de patience, je vous prépare un petit film dès notre retour des îles San Blas…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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