MARTINIQUE

March 30, 2018

Le Marin

 

Le village du Marin, ce n’est pas vraiment la Martinique, certains le surnomme « Métropole Land ». La Martinique est un département d’Outre-Mer français et ici, on est en France, même langue, mêmes produits. On peut acheter sa baguette de pain à la boulangerie et se régaler de camembert. Le magasin Leader Price dispose d’un parking sur l’eau. Le caddie est emmené sur le ponton et les sacs de courses déversés directement dans l’annexe, c’est vraiment très pratique. Nous en avons profité pour refaire le stock de nourriture. Car il ne nous restait plus grand-chose à manger à bord après la transatlantique.  

 

 

Dans la grande baie profonde du Marin, le nombre de bateaux au mouillage est hallucinant ! Il y a beaucoup de catamarans. Le Cul-de-Sac du Marin abrite le port de plaisance avec 830 places à quai et une centaine de bouées d’amarrage, le centre de carénage ainsi que plusieurs mouillages. Le Marin est une des bases nautiques les plus importantes du Sud des Caraïbes. On trouve la main d’œuvre et le matériel pour réparer, de nombreux professionnels au service des plaisanciers et une bonne infrastructure. Cependant, les prix sont bien plus élevés qu’en métropole, c’est du délire !

 

 

 

Après la traversée de l’Atlantique, nous avions du boulot pour réparer la casse, rien de bien méchant, mais tout prend toujours plus de temps que prévu. Etre la femme d’un capitaine, c’est savoir être patiente. Il a fallu attendre des paquets commandés en Europe et puis aller les chercher à l’autre bout l’île car DHL ne comprend pas toujours les adresses indiquées. Et ici, les moyens de transports ne sont franchement pas fantastiques. Il y a les bus, mais ils sont rares et ne desservent pas toute l’île ; les taxis collectifs mais il faut avoir la patience d’attendre qu’ils passent ; les voitures de location, mais c’est un budget. Et il y a le stop, nous avons essayé, mais encore fallait-il comprendre qu’il ne faut pas lever le pouce mais l’index, peut-être que nous aurions eu plus de succès…

 

La Martinique est une île bien développée. Les créoles sont aimables, décontractés, souriants, les enfants magnifiques. Les marchés présentent une mosaïque de couleurs et les odeurs caressent les narines. De superbes tissus créoles dans les tons chauds, des fruits, des légumes, du rhum aromatisé et des épices fabuleuses recouvrent les étalages. J’ai encore craqué et je ne sais franchement plus où stocker toutes mes épices ! Le curry parfumé à la vanille est un vrai régal !

 

L’expérience d’une journée de travail

 

Grâce à une amie rencontrée au Marin, j’ai pu obtenir un job : employée de ménage sur les catamarans de charter. Comme j'aime vivre de nouvelles aventures et bien je me suis dit pourquoi pas ? Et puis cela met un peu de "beurre dans les épinards", même si le salaire du SMIC n'est pas des plus motivant, c'est déjà ça. Faire l'expérience de travailler dans un pays, c'est avoir l'opportunité de connaître des locaux, de découvrir leur culture et leur mode de vie. C'est ainsi que je me suis retrouvée avec une sympathique créole, un bidon, des chiffons et des produits dans les mains et en avant toute ! Il y a une douzaine de catamarans à nettoyer par équipe de deux et nous sommes une dizaine. C’est du boulot et ce n'est pas au rythme des îles qu'on va s'y mettre ! Je dois dire que je suis une véritable maniaque du ménage et c'est une activité que j’adore faire d'habitude. Pendant mes études j'avais déjà été engagée pour faire le ménage chez des particuliers. Mais là, sur les bateaux, c'est une toute autre histoire ! Me voilà partie à la chasse aux poils et aux cheveux rebelles, tout doit disparaître et tout doit briller. Je peine à trouver la bonne technique pour éviter les traces de doigts sur les murs. Ma collègue a l'art du chiffon, elle est parfaite et elle est une bonne enseignante. Poursuivie par l'odeur tenace d'urine des WC, il faut s'activer et vite, car nous sommes en retard. Nous rejoignons le deuxième catamaran, le temps qu'il dépose ses 12 clients suisses. Quatre cabines et salles de bains m'attendent. Le skipper et l'hôtesse prépare le bateau pour recevoir les prochains clients qui arrivent dans seulement quelques heures. Les croisières s'enchaînent et il n'y a pas de pause entre deux. Les clients ont été généreux en oubliant un tas de produits de douche et des crèmes solaires. Cela fait le bonheur des femmes de ménage. Le pourboire en quelque sorte. Pensez-y la prochaine fois que vous irez à l'hôtel, c'est un petit geste tant apprécié. Le rythme est soutenu, ma collègue me demande d'aller plus vite. Je veux tellement bien faire que je suis un peu trop lente. Dix minutes de pause, le temps d'avaler un croissant et ça repart au pas de course ! Mais c’est une vraie leçon car le travail se fait dans la joie et la bonne humeur, toujours avec le sourire. Quand je vivais en Suisse, j'aurais rêvé avoir une femme de ménage aussi efficace et motivée. L'expérience est intéressante. Je découvre le monde du charter et je visite pour la première fois de ma vie des catamarans de luxe. De véritables appartements flottants. Trop de boulot à entretenir, je préfère mille fois faire le ménage à bord de notre petit Vagabond. Heureusement, nous n'avons pas de salle de bain et pas de baie vitrée ! 

Voilà, la journée est enfin terminée et franchement, j'admire ceux qui font ça chaque jour. Respect. C'était une chouette expérience mais comme nous voulons visiter les Antilles et ne pas rester au Marin, ce job se résumera à un seul jour…

 

Sainte-Anne

 

Situé à l’extrême sud de l’île, à 8km du Marin, Sainte-Anne est un haut lieu du tourisme. C’est un joli endroit, le Club Med l’a compris et il s’y est installé. Le mouillage de Sainte-Anne est l’un des plus populaire de l’île. Après avoir passé deux semaines au port, nous jetons l’ancre dans cette baie parmi environ 200 bateaux. Ils sont nombreux mais le mouillage est grand et il y a suffisamment de places. Nous restons un peu à l’écart loin de la plage, c’est plus tranquille. Chaque jour, une tortue nage autour de notre bateau, c’est magnifique ! Les fonds marins sont morts, il n’y a pas grand-chose à voir. L’eau est translucide. Malheureusement, trop de bateaux et de zodiacs passent à vive allure sans respecter les autres plaisanciers et je ne suis pas tranquille à chaque fois que j’ai envie de faire quelques brasses.

 

Le petit village est touristique, charmant, plein de vie avec ses maisons toutes en couleurs. Lors de notre première journée à Sainte-Anne, nous nous promenons à la recherche de l’arrêt de bus lorsqu’un homme s’arrête en voiture pour nous proposer spontanément son aide et nous emmener pour parcourir les 800 mètres jusqu’à notre destination. Il se trouve que c’était le maire du village, quel honneur !

 

Nos jambes ont besoin de se dégourdir. Nous empruntons un petit sentier de 5km dans la forêt pour rejoindre la plage des Salines. La balade est superbe. Le chemin longe de belles plages de sable blanc en passant par des caps et des anses où l’on se baigne dans l’eau chaude turquoise. Sur le chemin du retour, nous faisons la connaissance des nonos. Ces créatures minuscules protègent les plages paradisiaques de la planète de l’invasion touristique. Comme des petites mouches, on ne les voit pas et on ne les sent pas tout de suite. Ce n’est que la nuit que les piqûres se réveillent et piquent jusqu’à s’arracher la peau ! Surtout, mais surtout ne pas gratter car les boutons s’ouvrent très vite. Ça va durer pendant trois jours. Tom en a de merveilleux souvenirs sur tous le corps. Le prix à payer pour accéder aux beaux endroits tropicaux…

 

 

Annexe à donner : bonne chance ! 

 

Premier jour à Sainte-Anne, à peine l'ancre mouillée, voilà que notre annexe se retrouve avec un joli trou. Remorqué derrière le bateau, il aurait fallu allonger l’amarre tout de suite en arrivant, avant qu'un zodiac ne passe trop prêt, à fond la caisse, créant une vague qui bouscule notre annexe contre une pièce tranchante du régulateur d'allure. BOUM ! Ce n’est pas la poisse ça ? De plus, ce n'était pas très malin de s'empresser de le réparer sur l'eau dans le clapot et de ne pas attendre 48 heures avant de l’utiliser. Mais nous avions besoin de notre « bagnole » pour rejoindre le rivage. 55 euros le kit de réparation, juste pour un tube de colle et trois petits bouts de PVC, c’est du vol ! Dans les magasins nautiques, on prend vraiment les navigateurs pour des « portes monnaies sans fond ».

  

Les jours suivants, notre merveilleuse annexe va nous demander de nous balader avec la pompe encombrant notre sac à dos. Histoire de regonfler notre engin avant chaque utilisation. Quand il y a du public sur le ponton, je vous promets qu'il y en a qui se retienne de rire ! Mais s'il y avait que l'annexe qui poserait problème, ce ne serait rien. Le pire étant notre moteur hors-bord qui peine à démarrer et crève. Capricieux, il déconne et c'est franchement galère ! Souvent, nous nous retrouvons à devoir ramer, certes c’est un bon exercice physique. Mais on en a eu tellement marre qu’on a acheté un moteur qui fonctionne à merveille, qui a l’avantage d’être petit et léger et un nouvel annexe gonflable plus solide et confortable.

 

Malheureusement, nous devons veiller à bien cadenasser et enchaîner annexe et moteur hors-bord au risque de se faire voler. Mais le plus choquant, c’est que l’on a appris que ce ne sont pas les locaux démunis ou les pauvres pêcheurs, ce sont les plaisanciers fauchés et il paraît que les vols sont plus fréquents en fin de saison avant la transat retour en Europe.

 

 

Une mauvaise rencontre 

 

Dans la rubrique des mauvaises rencontres, chose rare heureusement, nous en avons une bonne à vous raconter. Après une petite semaine à Sainte-Anne, nous sommes de retour au Marin, parce que nous avons rendez-vous avec le mécanicien électricien. En quête d’une place dans un mouillage bien encombré à proximité du chantier, nous ancrons un peu trop proche du chenal. Le bateau des sauveteurs fait rapidement déguerpir tous les voiliers qui bloquent le passage. Mince. Tom remonte les 30 mètres de chaîne avec le guindeau manuel. Puis cherche un autre emplacement, il fait un tour pour vérifier le respect de la zone d’évitement avec les autres bateaux. Les deux voiliers voisins très sympathiques nous font signe que c’est OK, il y a assez de place pour notre petit Vagabond. Tom à l’avant lâche la chaine pendant que je suis à la barre. Quand tout d’un coup, je lui crie que le voilier américain derrière nous est bien trop proche. Tom n’y croit pas, c’est impossible. Et quand il se retourne, en effet, l’autre nous colle au cul et vite il faut remonter l’ancre. Il y a beaucoup de vent, gros coup de stress, nous dérivons sur le voilier voisin et l’américain nous empêche de reculer. Nous évitons la collision de justesse ! Sans rien comprendre à ce qui s’est passé, nous irons finalement nous poser dans un autre mouillage, moins encombré et plus joli, au nom charmant de « Petit Versailles ». Plus tard, un ami ayant vu la scène nous raconte que l’américain, depuis son cockpit, télécommande à la main, a raccourcit sa chaine et avancé de 30 mètres, tout en faisant marcher son propulseur d’étrave à gauche à droite, pour nous empêcher de mouiller. Risquant une collision avec son bateau et les bateaux voisins. Non mais quel con ! C’est franchement un acte pervers !

 

Prendre le temps

 

Nous avons passé un mois au Marin et à Sainte-Anne. Hormis une journée de ballade dans la nature et de nombreuses soirées entre amis, nous n’avons pas profité de visiter ou même de ne rien faire. Tom est un bosseur, quand il commence quelque chose, il aime aller au bout du travail, mais il oublie parfois de prendre le temps pour lui et pour nous… Parfois, il faut savoir dire stop et prendre une journée de congé. Depuis notre départ de la Suisse, Tom a eu beaucoup de travail avec le bateau afin de le préparer pour l’océan. Il avait certainement un peu sous-estimé que ce bateau, qui avait passé sa vie sur un lac, nécessitait encore un gros travail et un investissement non négligeable pour qu’il devienne un voilier de voyage. Chaque jour, il y avait encore des choses à améliorer, à perfectionner et comme nous voulions arriver au bout, nous ne nous sommes pratiquement jamais arrêté pour profiter pleinement des escales. Les débuts n’ont pas été toujours faciles, autant pour Tom qui bossait comme un fou, que pour moi, qui, comme je ne peux guerre l’aider dans les travaux et bien je me suis souvent beaucoup ennuyée. Surtout dans certains endroits où nous étions dans des ports et où les rencontres étaient rares…

 

Après notre transat difficile, nous étions quelque peu traumatisés, c’est un grand mot mais je ne trouve pas vraiment comment l’expliquer. Quand je faisais de l’équitation et que je tombais de mon cheval, mon professeur m’obligeait à remonter immédiatement après la chute, pour éviter le traumatisme… Et bien en bateau et même dans la vie, c’est pareil. Il faut se confronter à nos craintes pour les vaincre. Plus le temps passait après l’arrivée et plus j’avais une certaine peur de reprendre la mer. La vie sur un voilier n’est pas toujours aussi facile que ce que l’on pourrait penser… Beaucoup de rêves de tour du monde s’arrête ici aux Caraïbes. Après la traversée, nombreux sont ceux qui s’installent ici ou qui revendent leur bateau… Franchement, je dois vous avouer que j’y ai parfois pensé : vendre le voilier et continuer par la route. Mais, j’ai beaucoup voyagé et je sais que l’avantage du bateau, une fois que l’on met tous les désavantages de côtés et bien c’est que je voyage avec ma maison, ma cuisine, mon lit et ça, c’est un vrai bonheur !

 

Un joli mouillage idyllique  

 

Nous levons l’ancre et nous quittons le Marin où nous avons vécu de très beaux moments avec nos amis rencontrés ou retrouvés ici. Nous espérons que les vents nous mènerons à nouveau vers les mêmes escales... En tout cas, dans nos cœurs, ils seront toujours présents ! On n’oublie pas des rencontres pareilles !

 

Il nous fallait de bonnes conditions pour nous remettre en confiance. Nous partons pour une navigation de 12 milles nautiques jusqu'à Anse Chaudière, au sud de Petite Anse d’Arlet. Les conditions sont idéales : vent portant de 15 nœuds, un bon courant, une légère houle et le bonheur de ne pas avoir le mal de mer !  Du soleil, l'occasion de se mettre dans le plus simple appareil et de finir avec le postérieur couleur écrevisse. Nous passons à côté du Rocher du Diamant, escarpé et haut de 176 mètres, il est spectaculaire ! Recouvert de verdure et parsemé de grottes, il a un côté mystique. Vagabond file à 6 nœuds sous génois seulement. Étonnant, il n'est guère plus lent que le gros catamaran Lagoon devant lui ! Nous jetons l’ancre dans un mouillage idyllique. Il n’y a que 8 voiliers et catamarans, c’est tranquille. Notre ami Jean-Lou est déjà là et nous sommes voisin. Nous passerons de chouettes soirées en sa compagnie.

L'endroit est superbe, logé au pied d'une falaise et d'une nature époustouflante. Des pélicans plongent et pêchent des poissons qu'ils engouffrent dans leur gorge comme un espèce de sac. Ils sont lourdauds, massifs et ressemblent à des oiseaux préhistoriques. Des pêcheurs lancent leurs filets depuis leurs barques colorées. Nous enfilons nos masques, tuba et palmes et découvrons le monde aquatique. Ce n’est pas encore les fonds marins de rêve, mais je me satisfais des quelques bancs de petits poissons colorés, des poissons trompettes, des étoiles de mer, des oursins, des coraux verts comme de grandes fleurs. Il y a des langoustes mais elles sont si petites que franchement, à mon avis, on ferait mieux de le laisser vivre que de les mettre dans son assiette. D’autres ne sont pas de cet avis et on les voit sous l’eau avec un fusil à la quête aux minuscules bébés langoustes qui n’auront malheureusement pas le temps de grandir et de se reproduire… Pas étonnant qu’on en voit pratiquement plus dans les Caraïbes !

 

Je profite de nettoyer la coque de Vagabond, nous avons quelques passagers clandestins, des coquillages ont élu domiciles. Après un exercice d’apnée, la coque est toute propre.

 

Le soir, nous écoutons le concert des chants des criquets accompagné par le bruit des vagues qui cassent contre la falaise. Le matin, c'est le chant du coq qui nous réveille de bonne heure. Être en pleine nature nous ressource. Le village de Petite Anse d'Arlet n'est pas très loin en annexe. C'est très joli ! Nous observons quelques tortues qui se reposent au fond de l'eau translucide et qui remonte à la surface pour respirer. 

 

Malheureusement, le troisième jour, les sargasses envahissent le mouillage et la plage et nous n’avons guère envie de nous baigner au milieu de ces algues. D'autant plus qu'elles sont accompagnées par tout un banc de petites méduses. J'en ai la phobie, je n'aime pas ces bestioles gélatineuses qui picotent. Tom a dû faire une réaction allergique, il est recouvert de boutons urticants sur tous le corps. Bref, cela nous motive à quitter ce joli endroit pour poursuivre notre périple vers Sainte Lucie et les îles Grenadines. 

 

 

 

 

 

 

 

 

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